Historique / objectifs

Cours du 6 avril Pessac

Anne Delabre, fondatrice et animatrice du 7e genre, explique la genèse de l’association.

L’idée du ciné-club est née d’une envie personnelle, reléguée au second plan depuis mes années étudiantes. L’opportunité s’est présentée en 2013 quand j’ai rencontré, par l’intermédiaire d’un ami, le directeur du cinéma Le Brady, Fabien Houi. Mon projet lui a plu et il accepté de me mettre à disposition sa salle un soir par mois. Tout a été très vite, à peine trois mois pour préparer deux séances « test ». L’idée n’était pas de créer un ciné-club de plus à Paris, mais d’apporter autre chose. Je nourris un intérêt particulier pour les questions de genres et de sexualités et le livre que j’ai écrit avec Didier Roth-Bettoni en 2009 (*Le Cinéma français et l’homosexualité / Danger Public) a été un point de départ indirect pour le projet. En visionnant de nombreux films à ce moment-là, j’avais comme une frustration de ne pas pouvoir les mettre plus en valeur. Un ciné-club, avec une projection suivie d’un débat avec un(e) invité(e), donne l’occasion de faire (re)découvrir des œuvres à un plus large public.

La ligne éditoriale du 7e genre

Le slogan du ‘7e genre’ est : « Le ciné-club qui défie les normes », avec un focus sur les questions de genres et de sexualités minoritaires. L’idée est d’ouvrir un maximum le champ des possibles avec des films de toutes époques, de tous styles, de toutes nationalités…. Des grands classiques du cinéma sont revisités au prisme de cette approche et des raretés redécouvertes à cette occasion. J’ai toujours voulu allier un côté purement cinéphilique et une approche plus sociologique, historique, économique et politique du cinéma, en replaçant le film dans son contexte de réalisation et de sortie. A l’heure des DVD, du streaming, de la VOD, défendre l’expérience collective qu’offre une salle de cinéma, et la convivialité qui l’accompagne, me tiennent aussi à cœur.

Le lancement du 7e genre

J’ai choisi pour démarrer La Meilleure Façon de marcher (1976), le premier film Claude Miller auquel je tiens beaucoup et qui me semblait tout à fait pertinent par rapport à la ligne éditoriale, tant au niveau des questions de genres que de sexualités. C’était aussi une forme d’hommage à celui qui m’avait accueilli chez lui pour un long entretien dans le cadre de mon livre sur le cinéma, et m’avait expliqué à quel point ce film était si important pour lui. Patrick Bouchitey, qui tient le rôle principal du film avec Patrick Dewaere, nous a même fait l’honneur d’être notre invité pour inaugurer ‘le 7e genre’ !
Pour l’anecdote, cette première séance a eu lieu le 23 avril 2013, date de l’adoption par l’Assemblée nationale de la loi sur ‘le mariage pour tous’… Beaucoup de monde faisait la fête sur le parvis de l’Hôtel de Ville mais le ciné-club a quand même bien rempli la salle du Brady. Pour la deuxième séance en mai 2013, j’ai choisi Le Baiser de la femme araignée (1985) d’Hector Babenco, également emblématique des thématiques du ‘7e genre’. Le succès de ce deuxième essai a permis le lancement de la première saison officielle du ciné-club en septembre 2013.

La sélection des films

J’essaie d’avoir une programmation pointue sans être excluante ou élitiste. ‘Le 7e genre’ tient à être accessible à toutes et à tous, des cinéphiles le plus exigeants aux novices curieux de découvertes. Le choix des films se fait à partir d’envies personnelles essentiellement, mais doit prendre en compte les contraintes pratiques, qui restreignent souvent les possibilités de diffusion : la disponibilité des droits et des copies, et aussi celle des supports (35mm ou numérique). Même souci de diversité pour les invité(e)s : des gens de cinéma, des universitaires, des critiques, des militants etc.

Autres actions et partenariats

Le Brady est bien sûr un lieu particulier, puisque c’est son directeur qui m’a donné la chance d’y créer le ciné-club. Ce cinéma, qui a appartenu un temps à Jean-Pierre Mocky, fête cette année ses soixante ans. Après avoir été une salle de quartier puis un temple du cinéma d’horreur-épouvante, il affirme désormais une vocation d’art et essai avec une sensibilité ‘gay-friendly’ affirmée. Pour ces raisons, le ciné-club y a tout à fait sa place. Tout en ayant cette relation privilégiée avec cet espace d’accueil mensuel, ‘le 7e genre’ mène régulièrement des actions « hors les murs » : partenariat avec des festivals comme Chéries-Chéris et le Marais Film Festival à Paris, Écrans mixtes à Lyon, Ciné Marges à Bordeaux, etc. Je suis d’ailleurs ravie que nous soyons présents aussi hors de la capitale. Des actions ont aussi été menées avec des associations comme SOS homophobie, le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir, ou encore des séances pour les scolaires avec le dispositif ‘collégiens et lycéens au cinéma’ et les cinémas indépendants parisiens. La pédagogie et l’éducation à l’image font également partie des objectifs de l’association.

Texte extrait d’une interview réalisée par Joffrey Speno pour DIACRITIK

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