
par Anne Delabre, créatrice du ciné-club
L’idée du ciné-club est née d’une envie personnelle, que j’avais gardée en tête depuis mes années étudiantes.
L’opportunité s’est présentée en 2013 quand j’ai rencontré, par
l’intermédiaire d’un ami, le directeur du cinéma Le Brady, Fabien Houi. Mon projet lui a plu et il accepté de me mettre à disposition sa salle un soir par mois.Tout a été très vite, à peine trois mois pour préparer deux séances ‘test’. L’idée n’était pas de créer un ciné-club de plus à
Paris, mais d’apporter autre chose. Je nourris un intérêt particulier pour les questions degenres et de sexualités et le livre que j’ai écrit avec Didier Roth-Bettoni en 2009 (Le Cinéma français et l’homosexualité / Danger Public) a été un point de départ indirect pour le projet. En
visionnant de nombreux films à ce moment-là, j’avais comme une frustration de ne pas
pouvoir les mettre plus en valeur. Un ciné-club, avec une projection suivie d’un débat avec
un(e) invité(e), donne l’occasion de faire (re)découvrir des œuvres à un plus large public.
Le slogan du 7e genre est : ‘Le ciné-club qui défie les normes’, avec un focus sur les
questions de genres et de sexualités minoritaires. L’idée est d’ouvrir un maximum le champ
des possibles avec des films de toutes époques, de tous styles, de toutes nationalités…. Des
grands classiques du cinéma revisités au prisme de cette approche et des raretés redécouvertes
à cette occasion. J’ai toujours voulu allier un côté purement cinéphilique et une approche plus
sociologique, historique, économique et politique du cinéma, en replaçant le film dans son
contexte de réalisation et de sortie. A l’heure des DVD, du streaming, de la VOD, défendre
l’expérience collective qu’offre une salle de cinéma, et la convivialité qui l’accompagne, me
tiennent aussi à cœur.
J’ai choisi pour démarrer La Meilleure Façon de marcher (1976), le premier film Claude
Miller auquel je tiens beaucoup et qui me semblait tout à fait pertinent par rapport à la ligne
éditoriale, tant au niveau des questions de genres que de sexualités. C’était aussi une forme
d’hommage à celui qui m’avait accueilli chez lui pour un long entretien dans le cadre de mon
livre sur le cinéma, et m’avait expliqué à quel point ce film était si important pour lui. Patrick
Bouchitey, qui tient le rôle principal du film avec Patrick Dewaere, nous a même fait
l’honneur d’être notre invité pour inaugurer Le 7e genre !
Pour l’anecdote, cette première séance a eu lieu le 23 avril 2013, date de l’adoption par
l’Assemblée nationale de la loi sur ‘le mariage pour tous’… Beaucoup de monde faisait la fête
sur le parvis de l’Hôtel de Ville mais le ciné-club a quand même bien rempli la salle du Brady.
Pour la deuxième séance en mai 2013, j’ai choisi Le Baiser de la femme araignée (1985)
d’Hector Babenco, également emblématique des thématiques du ‘7e genre’. Le succès de ce
deuxième essai a permis le lancement de la première saison officielle du ciné-club en
septembre 2013.
La nécessité de créer une association est venue au fil du temps. L’idée s’est concrétisée en
janvier 2015 avec un groupe d’ami.e.s cinéphiles motivé.e.s par cette aventure. Aujourd’hui
encore, tout le monde est bénévole et nous fonctionnons sans aucune subvention.
La programmation se veut pointue sans être excluante ou élitiste. Le 7e genre tient à être
accessible à toutes et à tous, des cinéphiles le plus exigeants aux novices curieux de
découvertes. Le choix des films se fait à partir de recherches personnelles, mais doit prendre
en compte les contraintes pratiques, qui restreignent souvent les possibilités de diffusion : la
disponibilité des droits et des copies, et aussi celle des supports (35mm ou DCP). Même souci
de diversité pour les invité(e)s : des gens de cinéma, des universitaires, des critiques, des
militants etc.
Le Brady est un lieu qui nous est cher puisque son directeur m’a donné la chance d’y créer le
ciné-club. Ce cinéma, qui a appartenu un temps au cinéaste Jean-Pierre Mocky, existe depuis 1956.
Après avoir été une salle de quartier puis un temple du cinéma d’horreur-épouvante, il
affirme désormais une vocation d’art et essai avec une sensibilité ‘LGBT-friendly’.
Pour ces raisons, le ciné-club y a tout à fait sa place. Tout en ayant cette relation privilégiée
avec cet espace d’accueil régulier, ‘le 7e genre’ mène ponctuellement des actions « hors les
murs » : programmation des séances ‘patri/matrimoine’ du festival international de films
LGBTQI +++ de Paris ‘Chéries-Chéris’ depuis plusieurs années, partenariat avec le festival
du cinéma queer ‘Écrans mixtes’ à Lyon, etc. Je suis d’ailleurs ravie que nous soyons présents
aussi hors de la capitale. Des actions ont aussi été menées avec des associations comme SOS
homophobie, le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir, ou encore des séances pour les
scolaires avec le dispositif ‘collégiens et lycéens au cinéma’ et le réseau des cinémas
indépendants parisiens (CIP). La pédagogie et l’éducation à l’image font également partie des
objectifs de l’association.
Après plus d’une décennie d’existence, Le 7e genre a décidé d’étendre son champ
d’exploration avec ‘Retour à l’écran‘.
Son concept ? Programmer des films de ‘patri/matrimoine’, rares et/ou peu (re)connus, qui
méritent d’être (re)découverts. Les thématiques seront diversifiées mais donneront toujours
lieu à un échange après la projection. Deux séances ‘tests’ en avril et mai 2025 nous ont
décidé.e.s à vous proposer non plus un, mais deux ciné-clubs, en alternance, au cinéma le
Brady entièrement rénové.
