LA REINE CHRISTINE

Séance du 27 février 2017

Titre original : Queen Christina

Réalisation : Rouben Mamoulian

Scénario : Sam Behrman, Salka Viertel et Ben Hecht (non crédité), d’après une histoire de Salak Viertel et Margaret P. Levino

Avec Greta Garbo, John Gilbert, Ian Keith

Durée : 1h39

Production : EU (1933)

Première star à accéder à une célébrité planétaire, Greta Garbo était à la fois un produit du plus conformiste des studios hollywoodiens, la Metro Goldwyn Mayer (MGM), et en lutte permanente pour imposer des rôles correspondant à ses propres idées. En 1932, elle obtient le droit de tourner un film dont elle aura choisi le sujet. Ce sera La Reine Christine, à la fois fresque historique somptueuse et film d’une originalité incomparable sur un grand destin de femme. L’héroïne renonce au pouvoir par amour, un peu comme Garbo, reine du cinéma, semble à tout moment prête à rentrer en Suède par lassitude des artifices d’Hollywood. Mais, à travers le personnage de la Reine Christine, qui s’habille en homme et embrasse tendrement sa favorite, c’est bien sa propre identité sexuelle que Garbo explore avec audace et naturel.

Notre invité : Antoine Sire, auteur de Hollywood, la cité des femmes (Acte Sud/Institut Lumière) et associé-rédacteur du site parisfaitsoncinema.com

La Reine-Christine, Rouben Mamoulian, 1933 © MGM

Pour aller plus loin : article de Céline Dubois pour le 7e genre.


Mulholland Drive (séance spéciale 20 ans Festival Télérama)

A l’occasion des 20 ans du Festival Télérama, Le Brady a choisi de vous proposer le chef d’oeuvre de David Lynch récompensé en 2001 par le Prix de la mise en scène à Cannes.

Cette projection vous sera présentée par Anne Cremieux, maîtresse de conférence à l’Université Paris-Ouest-Nanterre, spécialiste de la représentation des minorités dans le cinéma américain et par ailleurs membre de l’association Le 7e Genre dont le ciné-club mensuel a élu domicile au Brady depuis maintenant quatre ans.

Mulholland Drive
un film de David Lynch (USA/France – 2001 – 2h26 – VO)
avec Naomi Watts, Laura Harring, Justin Theroux
(copie numérique restaurée)

« Roman d’amour dans la cité des rêves, hommage vitriolé à Hollywood, cauchemar éveillé d’amante délaissée, vertigineuse traversée des miroirs, le chef-d’oeuvre lynchien est incrusté de références au cinéma classique : Sueurs froides, En quatrième vitesse, Gilda. Mais le scintillement des mythes et des citations n’empêche pas une somptueuse création romanesque. Déstructuré en apparence, Mulholland Drive est aussi un film « normal », figuratif, dont on peut tirer l’histoire au clair — la première partie serait le songe ultime de l’héroïne de la seconde moitié.

La mystérieuse faille médiane du récit, sorte de trou noir qui coupe le film en deux, a influencé beaucoup de cinéastes depuis — voir le récent Tabou, de Miguel Gomes. Et ses deux héroïnes figurent déjà parmi les plus belles apparitions du cinéma américain. De Betty la blonde ingénue, aspirante actrice, et Rita la brune amnésique, voluptueuse accidentée, qui est l’élue des dieux hollywoodiens, qui est la fille perdue ? Rendez-vous sur les hauteurs de L.A. et dans les profondeurs de l’inconscient pour un grand film schizo et parano, grisant et vénéneux, qui fait un mal monstre et un bien fou. »  Louis Guichard (Télérama)


UN AUTRE REGARD

Séance du 30 janvier 2017

Titre original : Egymásra nézve

Réalisation : Károly Makk

Scénario : Károly Makk (d’après le livre de Erzsébet Galgóczi) 

Avec Jadwiga Jankowska-Cieslak, Grażyna Szapołowska, Jozef Króner

Durée : 1h47

Production : Hongrie (1982)

Malgré la froideur menaçante d’une guerre qu’opposent deux blocs idéologiques, une chaleur étrange inspire à deux femmes les sentiments les plus profonds. Entre Éva et Lívia, toutes deux journalistes, s’immiscent des désirs parfaitement légitimes bien que, dans la Hongrie de 1956, juridiquement illégaux. Prises dans ce tourbillon répressif mêlé au rejet social, chacune négocie cette intimité condamnée à travers un engagement éthique plus ou moins affirmé. Face à la violence et à l’exil intérieur, dans la présence politique du sentiment, son évocation laisse planer le pire, faute d’autre chose. Un autre regard conte avec précision et pudeur cette histoire d’homosexualité sous un régime communiste, déplaçant le fardeau du stéréotype par une rage du regard.
Jadwiga Jankowska-Cieslak reçoit le Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes en 1982 pour le rôle d’Éva.

Nos invités : Mathieu Lericq, chercheur à l’Université d’Aix-Marseille, Roman Krakovsky, historien, spécialiste de l’Europe centrale et orientale

Séance organisée en parallèle du colloque international « Homosexualité communiste (1945-1989)« , organisé par Jérôme Bazin, Arthur Clech et Mathieu Lericq.

(suite…)

GARÇON D’HONNEUR

Séance du 12 décembre 2016 

Titre original : The Wedding Banquet

Réalisation : Ang Lee

Scénario : Ang Lee, Neil Peng, James Schamus

Avec : Winston Chao, Mai Chin, Mitchell Lichtenstein

Durée : 1h46

Production : EU/Taïwan (1993)

Célèbre pour ses succès hollywoodiens comme Tigre et Dragon ou Le Secret de Brokeback Mountain, Ang Lee est moins connu pour ses films taïwanais tournés avant son installation aux Etats-Unis. Pushing Hands, Garçon d’honneur et Salé Sucré constituent une sorte de « trilogie officieuse » autour du déracinement, une thématique parmi beaucoup d’autres dans cette comédie profondément humaniste. Un projet que le réalisateur mettra plus de cinq ans à réaliser en raison de la frilosité des producteurs à investir dans un film qui aborde l’homosexualité. Garçon d’honneur sera pourtant le plus gros succès du box-office taiwanais et le fer de lance d’une série de films LGBT produits en Asie dans les années 90. Le film a obtenu l’Ours d’or au Festival de Berlin en 1993.

Notre invité : Bastian Meiresonne, réalisateur et critique de cinéma, directeur artistique adjoint du Festival International des Cinémas d’Asie de Vesoul (FICA).

(suite…)

THE WATERMELON WOMAN

Séance du 14 novembre 2016 

Réalisation : Cheryl Dunye

Scénario : Cheryl Dunye

Avec : Cheryl Dunye, Guinevere Turner, Valarie Walker

Durée : 1h30

Production : EU (1996)

En 1997, The Watermelon Woman est reçu comme le premier long métrage américain de fiction réalisé par une lesbienne afro-américaine. Le film raconte la relation amoureuse entre une femme blanche (Guenevere Turner) et une femme noire (Cheryl Dunye), qui elle-même fait un film sur la relation amoureuse entre une femme noire (« The Watermelon Woman ») et une femme blanche (inspirée de la réalisatrice lesbienne des années 30 Dorothy Azner). Cette comédie satirique, emblématique du New Queer Cinema, a marqué une génération où le militantisme féministe et lesbien se questionnait sur son multiculturalisme. Il s’est retrouvé au centre des « culture wars », qui opposèrent les conservateurs et les progressistes aux Etats-Unis dans les années 90 : Pat Buchanan, candidat présidentiel et représentant de la « moral majority », s’est en effet insurgé que The Watermelon Woman ait reçu des deniers publics du National Endowment for the Arts*…

*NEA : agence culturelle fédérale chargée d’aider les artistes et les institutions culturelles aux Etats-Unis

Notre invitée : Anne Crémieux, professeure en médias et civilisation américaine à l’Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis où elle enseigne le cinéma et les séries télévisées américaines, spécialiste de la représentation des minorités dans le cinéma.

(suite…)

UN GOUT DE MIEL

Séance du 17 octobre 2016 

Titre original : A Taste of honey

Réalisation : Tony Richardson

Scénario : Tony Richardson, Shelagh Delaney (d’après sa pièce)

Avec : Rita Tushingham, Murray Melvin, Dora Bryan

Durée : 1h40

Production : GB (1961)

Dans les quartiers populaires de Manchester, une adolescente, Jo, se confronte aux grands tabous de son époque. Avortement, homosexualité, alcoolisme, racisme et féminisme sont les moteurs d’Un Goût de miel, film courageux signé Tony Richardson, célèbre porte-drapeau du ‘Free Cinema’. Adaptée d’une pièce à succès de la scène londonienne écrite par Shelagh Delaney, cette œuvre permet à l’inoubliable Rita Tushingham de trouver le premier rôle de sa carrière. Une performance si remarquée qu’à vingt ans à peine, elle se voit décerner le Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes en 1962. Le Prix d’interprétation masculine est attribué à Murray Melvin pour le rôle du jeune homosexuel Geoffrey.

Notre invité : Gauthier Jurgensen, journaliste, spécialiste du cinéma social britannique.

(suite…)

L’ÉTERNEL RETOUR

Séance du 17 septembre 2016

Réalisation : Jean Delannoy

Scénario : Jean Cocteau

Avec : Jean Marais, Madeleine Sologne, Jean Murat

Durée : 1h47

Production : France (1943)

En écrivant cette adaptation modernisée de la légende de Tristan et Iseult, Jean Cocteau souhaite offrir un grand rôle à Jean Marais dont il partage alors la vie. L’opération est une réussite : L’Eternel Retour, réalisé par Jean Delannoy en 1943, est un des plus gros succès de l’Occupation. Jean Marais et Madeleine Sologne y forment un couple mythique sacrifié sur l’autel du patriarche Jean Murat et deviennent les idoles de la jeunesse. L’une des clés de compréhension de ce succès réside dans leur incarnation des identités de genre, dans le film comme « à la ville » puisque personnages et acteurs se confondent désormais. La façon dont ces deux vedettes questionnent les normes du féminin et masculin résonne en effet de façon saisissante avec la reconfiguration des hiérarchies sociales (entre hommes et femmes, entre ‘adultes’ et ‘jeunes’…) qui traverse la France de l’Occupation.

Notre invitée : Delphine Chedaleux, historienne du cinéma, chercheuse à l’université de Lausanne. Elle a publié Jeunes Premiers et jeunes premières sur les écrans de l’Occupation (France 1940-1944) (Presses Universitaires de Bordeaux)

(suite…)

LE CAVALIER NOIR

Séance du 20 juin 2016

Titre original : The Singer not the song

Réalisation : Roy Ward Baker

Scénario : Nigel Balchin, d’après le roman d’Audrey Erskine Lindop The Singer Not The Song (Appleton Century Crofts, 1953)

Avec : Dirk Bogarde, John Mills, Mylène Demongeot

Durée : 2h01

Production : GB (1961)

Un prêtre catholique, le père Michael Keogh, va au Mexique pour reprendre en main une paroisse isolée qui vit sous la terreur d’un bandit farouchement athée, Anacleto. Affrontant sans crainte ce dernier, le religieux interpelle le criminel qui lui porte un intérêt tout particulier….

« La dernière réplique du film, retenue comme titre de la version originale, exprime de manière explicite le thème majeur de l’homosexualité qui parcourt tout le scénario. Or ce thème a bizarrement disparu de la version française. Le Cavalier noir est souvent cité comme l’exemple type du détournement de sens que peut subir un film à partir d’une traduction intentionnellement faussée. En effet, dans la version française, la stratégie amoureuse du bandit vêtu de cuir se métamorphose en mélodrame religieux particulièrement édifiant. Au moment de la sortie de la version française, la presse catholique publia des articles élogieux, jusqu’à l’apparition de la version originale sous-titrée convenablement, au Studio Parnasse. La découverte de la supercherie amusa beaucoup le milieu des critiques cinématographiques. Le Cavalier noir devenait une sorte de film mythique ». (www.western-wild-west-movies.com)

Notre invité : Olivier Rossignot, rédacteur en chef cinéma du site Culturopoing

(suite…)

MY BEAUTIFUL LAUNDRETTE

Séance du 23 juin 2016

En partenariat avec la mairie du 10e arrondissement de Paris, dans le cadre de la Journée mondiale des réfugiés et de la Marche des Fiertés LGBT

my-beautiful-laundrette-image-film

Réalisation : Stephen Frears

Scénario : Hanif Kureishi

Avec : Gordon Warnecke, Roshan, Daniel Day-Lewis

Durée : 1h35

Production : GB (1985)

Riche immigré pakistanais installé dans la banlieue londonienne, Nasser confie à son neveu Omar le soin de gérer une vieille laverie automatique. Omar demande à Johnny, un petit voyou qu’il a connu à l’école, de l’aider à la remettre à neuf. Leur amitié se mue vite en passion cachée…

Tourné en 16 mm pour la télévision, le film fut gonflé en 35 mm après son succès au festival d’Edimbourg. Il lança la carrière du réalisateur Stephen Frears, de l’auteur dramatique anglo-pakistanais Hanif Kureishi et de l’acteur Daniel Day-Lewis. My Beautiful Laundrette aborde la question du racisme et de l’homosexualité avec humour, sur fond de satire sociale et de lutte des classes sous l’ère Thatcher.

(suite…)

PERSONAL BEST

Séance du 23 mai 2016.

Séance en partenariat avec ‘Paris 2018′ 10e édition des Gay Games, représentée par Emy Ritt (directrice des relations internationales de ‘Paris 2018’ et ex-présidente de la Fédération internationale des ‘Gay Games’)

Réalisation : Robert Towne

Scénario : Robert Towne

Avec : Mariel Hemingway, Scott Glenn, Patrice Donnelly.

Durée : 2h04

Production :EU (1982)

Jeune athlète, Chris rêve de participer aux jeux olympiques. Elle rencontre Tory lors d’une compétition et tombe rapidement dans ses bras. Et quitte son entraîneur de père pour Tingloff, responsable des succès de Tory en pentathlon. En trois ans de vie commune, d’entraînements et de compétitions, d’affrontements sur la piste et en privé…

Sorti en 1982, Personal Best est l’un des premiers films américains à ‘banaliser’ l’homosexualité féminine et à montrer une relation entre femmes dans toute sa complexité. Il fit connaître la jeune Mariel Hemingway qui devint grâce à ce long métrage une icône lesbienne.

Notre invitée : Anne Crémieux, professeure en médias et civilisation américaine à l’Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, elle est l’autrice de plusieurs ouvrages sur le cinéma et sur les minorités.

(suite…)